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Opération Noël

Œuvrer « comme si chacune et chacun (….) disposaient des pouvoirs magiques du Père Noël » tel est le vœu de madame la Maréchale de Lattre de Tassigny en lançant en 1959 l’ « Opération Noël », en faveur des « groupes de soldats dispersés sur des pitons rocailleux, des sans famille qui souffriront davantage de la solitude ce jour-là, des blessés et des petits orphelins ». Créée cinq ans plus tôt, sa fondation éponyme s’est donnée pour mission de soutenir - aussi bien en France que sur les théâtres des opérations militaires - les soldats, les victimes de guerre et leurs familles.

 

 

Fêter Noël du Sahara à l’hôpital 233

S’appuyant sur ses différentes sections départementales, la fondation de Lattre de Tassigny souhaite ainsi pouvoir envoyer à chaque soldat déshérité un témoignage de fraternité. Les Morbihannais sont alors appelés, dans la presse ou par la R.T.F., à soutenir cette action en adressant leurs dons, ou en confectionnant eux-mêmes des colis personnalisés, procédé jugé « sentimentalement le meilleur ». À l’envoi de ces cadeaux individuels, la fondation souhaite également faire parvenir aux soldats des postes les plus reculés, des colis « récréatifs » - composés de poste de radio, de disques, de livres, de jeux de cartes et de fléchettes - ou permettant de fêter Noël autour d’un bon repas. Le personnel féminin de l’armée reçoit aussi une attention particulière : la fondation, qui a participé à la mise en place de centre de repos dédié aux femmes, encourage « l’envoi d’un souvenir personnel ».

En s’associant à la Croix-Rouge, elle organise chaque année à l’intention des blessés de guerre une fête de Noël. Les pensionnaires de l’hôpital militaire 233 de Vannes sont ainsi conviés à assister à la projection du film Quo Vadis en 1960 ou à partager un repas de fête au rythme des mélodies de l’orchestre de l’hôpital comme en 1962. Alors que les années précédentes la fondation avait offert des ateliers de reliures et de photos aux soldats convalescents ; en 1961, le Colonel Bettembourg - président départemental de la Fondation - remet un « combiné-radio » et deux postes à transistors en souhaitant que « que Noël, fête pleine de douceur, apporte la paix dans les cœurs » et que ce « cadeau constitue simplement un geste de gratitude ».

 

« Noël est dans le monde entier la fête des enfants »

Chaque année, et ce depuis 1956, les petits Morbihannais dont le père est décédé aux cours des guerres d’Indochine et d’Afrique du Nord, se réunissent pour l’arbre de Noël de la fondation : spectacles de clowns, projections de film et autres activités récréatives rythment une après-midi qui se conclut avec la traditionnelle distribution de cadeau « tel que leur papa aurait pu offrir s’il n’était pas tombé pour la France ». C’est également autour d’un arbre de Noël que se retrouvent les enfants de ceux que l’on nomme alors « Harkis », « anciens supplétifs » ou « Français musulmans ». En effet, faisant écho à l’appel lancé en mai 1962 « aux populations de la région pour que, par leur attitude et leur action, elles expriment leur fraternelle solidarité à l’égard de nos compatriotes rapatriés d’Algérie » par le Préfet d’Ille-et-Vilaine, l’archevêque de Rennes et le commandant de la IIIè région militaire, un Comité d’accueil des Français musulmans se met en place à Vannes le 1er mars 1963.

Lorsque, celui-ci souhaite organiser le premier arbre de Noël à l’intention des 80 enfants des Français musulmans et apporter ainsi « un peu de joie à des enfants que leurs parents n’ont guère tendance à gâter. ». Jane Roy, femme du Préfet du Morbihan et présidente du Comité sollicite alors l’aide du comité départemental de la Fondation Maréchal de Lattre. Cette dernière accepte de soutenir l’initiative du comité et souligne sous la plume de son président départemental la joie « de pouvoir réunir dans une même intention nos quatre-vingt-quatorze petits orphelins morbihannais aux quatre-vingts enfants (…) dont les pères ont servi leur pays d’adoption avec tant de dévouement et de sacrifice ».

De 1964 à 1970, ce sont ainsi une centaine d’enfants et une trentaine de familles qui se réunissent chaque année pour fêter Noël ensemble. À la distribution de friandises succède celle des cadeaux : hochets, oursons et lapins en peluche font alors le bonheur des plus petits. Les petites filles reçoivent des poupées aux yeux dormeurs, des services de dinette et des coiffeuses, quand les garçons se voient offrir des panoplies d’indiens, des quilles et autres jeux de constructions. Les plus grands ne sont toutefois pas oubliés : Monopoly, machines à coudre et stylos sont distribués aux enfants de 13 à 18 ans. À ces cadeaux, s’ajoutent également les divers dons que les Morbihannais font parvenir à l’association. Vêtements et tricots sont ainsi transmis aux familles à cette occasion. Au-delà du soutien matériel que représentent ces dons et ces cadeaux, c’est avant tout la portée symbolique de ces gestes et instants de partage que les membres du Comité d’Accueil des Français musulmans souhaitent mettre en avant. Alors même qu’ils craignent que la question des « harkis » tombe peu à peu dans l’oubli, ils se réjouissent que « petits et grands auront un petit cadeau qui leur montrera que les Français de la Métropole ne les oublient pas ».

Sources consultées :

- 925 W 67 : Préfecture – Cabinet du Préfet, Fondation Maréchal De Lattre (1956-1965).

- 1513 W 19 : Préfecture - Direction du cabinet et de la sécurité, Comité départemental d'accueil des Français musulmans (1961-1970).

- 1513 W 20 : Préfecture - Direction du cabinet et de la sécurité, Comité départemental d'accueil des Français musulmans (1962-1973).

- 1513 W 38 : Préfecture - Direction du cabinet et de la sécurité, actions en faveurs des familles rapatriées (1962-1985)

- « La cité des Ajoncs : un village harki en Morbihan », Les coulisses de l’histoire, n°2, janvier/juin 2014.