Skip to Content

Après une rapide visite d’une journée à Rennes en 1944, alors que la Bretagne n’est pas encore totalement libérée par les Allemands qui tiennent encore les poches de Lorient et Saint-Nazaire, Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française effectue un voyage en Bretagne du 20 au 23 juillet 1945. Ce voyage comprend les étapes suivantes : Saint-Brieuc, Morlaix, Brest, Quimper, Lorient, Auray, Vannes et enfin Saint-Nazaire, un peu plus de deux mois après la libération définitive du Morbihan. Il est accompagné de quatre ministres : Raoul Dautry, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, René Mayer, ministre des Transports et des Travaux publics, Louis Jacquinot, ministre de la Marine, et enfin René Pléven, ministre des Finances.

Le contexte politique

La légitimité du chef de l’État à ce moment repose uniquement sur son aura de chef de la Résistance : il n’a pas été élu, il n’existe pas d’Assemblée nationale et la question constitutionnelle est en suspens. Charles de Gaulle utilise donc ses voyages pour asseoir son autorité en rencontrant les maires, qui sont les premiers élus de la Libération après les élections d’avril-mai. Dans l’euphorie de la Libération, le voyage se déroule dans une atmosphère consensuelle (seul Le Patriote de l’Ouest, organe du Front national proche du Parti communiste, regrette qu’il n’ait pas reçu certains combattants F.T.P.). Après un important discours sur les institutions à Brest, largement relayé par la presse nationale (Le Monde, Le Figaro), dans lesquels il développe sa vision d’un régime présidentiel, le discours de Lorient est évidemment axé sur la reconstruction, tandis que celui de Vannes insiste sur la nécessité de reconstruire dans l’ordre.

Dans les ruines de Lorient

La réception à Lorient se déroule presque dans une ville fantôme : les anciens habitants encore repliés dans les villages des campagnes alentours viennent à pied écouter le discours, en traversant des paysages désolés, ce qui amène l’envoyé spécial de Ouest-France à parler de « pèlerinage » et à écrire : « Lorient a souri aujourd’hui dans ses ruines. C’est la première fois depuis les sombres jours de 1940 et surtout de 1943 ». Le général promet : « Nous referons Lorient, je vous le promets, morceau par morceau, Lorient qui, de toutes les villes de France, est sans doute la plus martyrisée, la plus mutilée et cela mérite de la part du gouvernement tout entier, une attention, un effort de solidarité, plus grand que pour toutes les autres villes ».

 

Des soucis de protocole à Vannes

L’atmosphère consensuelle s’estompe légèrement lors de la visite à Vannes, libérée depuis un an. Toute la presse évoque l’enthousiasme de la population (qui d’après La Liberté du Morbihan, a contredit « la réputation de froideur des Vannetais »), mais certains journaux regrettent l’absence d’entrain de la municipalité, comme Le Réveil du Morbihan, hebdomadaire républicain : « Des acclamations sans fin jaillissent des trottoirs et des fenêtres des immeubles où se pressent des familles entières. Notons, en passant, le gros effort fait par les initiatives privées pour décorer leurs immeubles en l’absence des trophées de drapeaux omis par la municipalité (la décoration très sommaire de nos rues, habituellement rutilantes d’oriflammes pour les fêtes religieuses ne manqua pas d’être remarquée et regrettée). La foule par ses applaudissements enthousiastes suppléa à cette attitude réservée de l’accueil officiel local, sans doute gêné pour les uns par quelques souvenirs vichyssois pour les autres par des regrets d’être restés indifférents à la Résistance ». En effet, une note blanche du commissaire des Renseignements généraux signale au Préfet le 21 juillet qu’« on distribue des tracts défendant de mettre des guirlandes au travers des rues ».

Cette gêne explique peut-être les petits accrochages entre la mairie et la Préfecture à propos du protocole. En effet la mairie de Vannes fait publier un communiqué de presse le 28 juillet pour déplorer qu’elle n’ait pas été suffisamment présente dans la cérémonie. Le préfet ne rend pas sa réponse publique pour éviter une polémique.

Les documents conservés montrent pourtant que le voyage était très organisé, même si quelques maires sont obligés de décliner l’invitation en raison du manque de carburant : itinéraire très précis du cortège, ordre des voitures, plans de tables, cérémonial, service médical d’urgence et bien sûr la sécurité du cortège, principalement assurée par des compagnies FFI reconstituées pour l’occasion.

Sources et orientations bibliographiques :

913 W 15 : Préfecture, voyages officiels, voyage du général De Gaulle à Lorient et Vannes (président du gouvernement provisoire), 1945

HB 4817 : Jean-Paul Ollivier, De Gaulle et la Bretagne

Crédits photographiques :

Venue du général de Gaulle à Lorient (photographie de la page d'accueil et photographie en bannière haut de page) : Archives municipales de Lorient 5 Fi 8573 et 5 377)