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La tempête de 1987

Une dépression en provenance des Açores atteint la Bretagne le jeudi 15 octobre 1987 en soirée. Durant la nuit, ce sont des vents à plus de 200 km/h qui soufflent sur les côtes et terres bretonnes. La pression atmosphérique descend à un niveau jamais atteint. Elle sera la tempête du siècle avec un bilan humain de quinze morts et un bilan matériel qui a marqué à jamais la mémoire collective.

Tempête, cataclysme, ouragan…

« De mémoire de Breton ou de Normand, dans des régions pourtant accoutumées aux coups de tabac, on n’avait jamais vu cela » raconte un habitant à la presse. Le Morbihan groggy, une catastrophe économique à la mesure du vent  titre la presse locale.
Les rafales de vent soufflent toute la nuit avec des pointes à 180 km/h dans le Morbihan et au matin le paysage est totalement changé. Le réseau routier est paralysé par des chutes d’arbre et de lignes à haute tension. Toitures arrachées, bâtiments effondrés, de nombreuses églises endommagées, bateaux de plaisance détruits ou à la dérive : le spectacle offert après la tempête n’est que désolation.
La vie quotidienne se retrouve ainsi projetée quelques décennies en arrière sans électricité et eau courante. Les générateurs manquent, la traite des vaches doit se faire à la main, les congélateurs sont mis en commun, les boulangers s’unissent pour fournir du pain…

Les dégâts

Très rapidement trois secteurs apparaissent fortement meurtris. Tout d’abord, l’agriculture. Un agriculteur breton sur trois est touché. Des élevages entiers sont décimés comme un poulailler à Plumelec dont les 26 000 poussins meurent carbonisés. La récolte de maïs est anéantie : 40 000 hectares de maïs sont perdus. La production laitière des fermes sans électricité et donc sans réfrigération est jetée…
La sylviculture est également touchée de plein fouet. Un quart de la forêt bretonne est détruite : 20 000 hectares sont à reconstituer et 6 millions de m3 de bois sont abattus par les vents. Dans le Morbihan, la forêt domaniale de Camors est particulièrement touchée. C’est un véritable désastre écologique pour la forêt bretonne qui résultait d’un effort récent.
Enfin, la plaisance est dévastée. On compte sur toute la Bretagne 700 kilomètres de pontons arrachés. Les ports ne sont plus que des amas de bateaux projetés les uns contre les autres.
Le bilan est lourd : la tempête a fait 15 morts, 1 250 000 foyers se sont retrouvés sans électricité dans le grand Ouest et le coût de la reconstruction est évalué à 23 milliards de francs.

Remettre en état au plus vite

Le préfet dans son bilan au ministre de l’Intérieur se félicite de la réaction immédiate des services, notamment des sapeurs-pompiers, facilitée par la mise en place de la cellule de crise départementale dès minuit.
Les interventions sont diverses. Les routes et les canaux doivent être dégagés, les ports nettoyés et les pontons reconstruits. Les agents EDF mettent dix jours à rétablir l’électricité tandis que les bûcherons doivent découper les milliers d’arbres tombés avant qu’ils ne pourrissent.

Les indemnisations

Dès le 22 octobre 1987, un arrêté ministériel atteste l’état de catastrophe naturelle pour les quatre départements bretons ainsi que pour la Loire-Atlantique, le Calvados et la Manche. L’état de catastrophe naturelle est une procédure spéciale mise en place par l’État pour indemniser les victimes d’épisodes naturels exceptionnels depuis la loi du 13 juillet 1982. Il permet de couvrir les risques qui ne sont pas pris en compte par les contrats d’assurance classiques. Il est également réclamé par les assurances pour faire jouer les garanties de péril naturel inclues dans la plupart des contrats d’assurance de biens. Un comité départemental de secours est mis en place pour indemniser les collectivités, les entreprises et les particuliers. Au 31 décembre 1988, ce sont 1 633 dossiers qui ont été traités et 12 535 146 francs attribués dans le Morbihan.
Ce dispositif permet aux agriculteurs d’être indemnisés uniquement sur les récoltes engrangées et le cheptel présent dans les bâtiments détruits. En complément, les agriculteurs du Morbihan obtiennent le 22 janvier 1988 un arrêté ministériel portant attribution du caractère de calamité agricole pour les dommages subis avec la tempête. Cet autre dispositif mis en place par la loi du 10 juillet 1964 permet d’être indemnisé pour la perte des cultures sur pied et le bétail en plein air.

Des archives de gestion de crise

La gestion des catastrophes naturelles dans les départements relève du service interministériel de défense et de protection civile de la préfecture. Ce service est chargé au sein du cabinet du préfet d'assister en permanence celui-ci dans la prévention et la gestion des risques et des crises. Il exerce ses missions dans un contexte interministériel en relation avec les services déconcentrés de l'État et les collectivités territoriales.
Lors d’une gestion de crise, le service interministériel de défense et de protection civile de la préfecture a la charge de l’activation de la salle opérationnelle de la préfecture, de l’animation du poste de commandement fixe et du centre opérationnel de défense, de la coordination des moyens de secours publics et privés, de la mise en œuvre des plans et mesures de sauvegarde et de la réquisition des personnes, biens et services.
Les archives liées à la gestion des catastrophes naturelles et industrielles se composent essentiellement de dossiers de la cellule de crise, de déclarations de sinistre (venant des particuliers ou des communes), de documents recensant les dégâts de toute nature et des dossiers de demandes d'indemnisation des sinistrés.

Les plus grosses catastrophes que le département du Morbihan a dû gérer ces dernières années sont les naufrages des pétroliers Érika et le Prestige dont les dossiers sont conservés aux Archives départementales avec une communicabilité variant de 50 à 75 ans selon la nature des dossiers. Ces délais de communicabilité s’appliquent à l’ensemble des archives de cette même nature. La presse de l’époque consultable aux Archives départementales du Morbihan documente également cette tempête.

Sources consultées
1513 W 103 à 149. - Tempête des 15 et 16 octobre 1987 : gestion de crise, dossiers d’indemnisations.
1519 W 33. - Tempête de 1987.- Régie d'avance, analyse sur les conséquences de la tempête, comité départemental de secours.
84 J 20. -  Revue de presse, Morbihan, géographie, climat et calamité naturelle, 1971-2007
RB 2591. - L’Ouragan, hors-série Ouest France, 24 octobre 1987
JO 230 : La Liberté du Morbihan (quotidien disparu en 1993)
JO 237 : Le Télégramme
JO 238 : Ouest-France, édition Vannes
JO 405 : Ouest-France, édition Pontivy
JO 403 : Ouest-France, édition Lorient

Illustrations
Bateaux échoués sur la côte lorientaise, photographie de presse extraite de La Liberté du Morbihan, 17-18 octobre 1987. Archives départementales du Morbihan, Jo 230.
Toiture de bâtiment effondrée à Vannes, photographie de presse extraite de La Liberté du Morbihan, 19 octobre 1987. Archives départementales du Morbihan, Jo 230 [bannière].
Voiture écrasée par un arbre à Pluvigner, photographie de presse extraite de La Liberté du Morbihan, 19 octobre 1987. Archives départementales du Morbihan, Jo 230 [page d'accueil].
Déblayage des rues par les services techniques de la ville à Lorient, photographie de presse extraite de La Liberté du Morbihan, 20 octobre 1987. Archives départementales du Morbihan, Jo 230
Carte du Morbihan avec indication de la force des vents la nuit de la tempête du 15 octobre 1987. © Archives départementales du Morbihan.
Installation agricole endommagée, photographie, octobre 1987. Collection privée.