Skip to Content

La fermeture des maisons closes

Le 13 avril 1946 la loi dite Marthe Richard met fin à une institution vieille de 150 ans les « maisons closes » appelées encore « maisons de tolérance ». En effet, c’est la loi du 3 avril 1803 qui avait donné une existence légale à ces « maisons de débauche », cachant les prostituées derrière des portes closes pour préserver la morale. Lors de leur fermeture officielle en 1946,  quatre maisons closes existent dans le Morbihan. Trois sont localisées à Vannes, situées toutes dans la rue de la Tannerie aux numéros 3, 6 et 10 et une à Pontivy au 58 rue de la Fontaine. Les maisons closes vannetaises abritent ainsi entre treize à quatorze pensionnaires et celle de Pontivy quatre à six pensionnaires. Lorient possédait également des maisons closes mais l’évacuation de la ville en 1943 suite aux bombardements avait mis un terme à l’existence des huit maisons closes, situées rue Sully notamment. L’agglomération lorientaise possédait en plus une maison de tolérance à Hennebont, près de la gare  avec la particularité d’avoir été fondée et réservée par et pour les Allemands. Elle comptait treize prostituées à la Libération date à laquelle elle fut fermée définitivement.

Aux côtés des prostituées « en maison » sont également présentes en 1946 des « femmes soumises » dites en « carte » ainsi qu’une troisième catégorie appelée « clandestine ». Elles sont toutes incitées à s’inscrire sur les registres de la prostitution publique de la ville dans laquelle elles travaillent. Dans cette optique, elles font l’objet de contrôles et d’interrogatoires dit « interrogatoire d’une fille signalée comme se livrant habituellement à la débauche ». À l’issue de ceux-ci, un arrêté du maire est pris et une inscription officielle réalisée. Une carte spécifique intitulée « police morale », tamponnée par le commissaire leur est alors remise. Outre le signalement de la prostituée, elle comporte les dates de visites sanitaires et les obligations et interdictions auxquelles elles sont soumises. En octobre 1945, pour tout le Morbihan, 35  prostituées sont recensées officiellement à Vannes et six à Pontivy.

 

Les prostituées sont tenues de se conformer aux mesures sanitaires prescrites par les autorités publiques, ce sont ainsi par les archives hospitalières conservées aux Archives départementales que l’on peut avoir un aperçu de la prostitution dans le département. Réalisées au sein des dispensaires, toutes visites médicales qui se soldent par la découverte ou la suspicion d’une maladie vénérienne les conduits directement à l’hôpital. Elles sont consignées dans les registres matricules des malades civils des hôpitaux de Lorient et Vannes sous la rubrique « filles vénériennes ». Y sont enregistrés leur état civil et l’objet de leur hospitalisation (gonococcie, syphilis). Le nom de la tenancière de la maison close est parfois inscrit. C’est seulement quatre ans avant la fermeture des maisons de tolérance qu’un arrêté préfectoral (1er juillet 1942) règlemente la prostitution sur le plan départemental. Toutes les filles se « livrant à la débauche » sont soumises à compter de cette date à deux visites sanitaires hebdomadaires, à un examen microbiologique hebdomadaire et à un examen sérologique mensuel.

Les maisons closes de Vannes et de Pontivy sont officiellement fermées respectivement le 31 juillet et 30 juin 1946. Toutefois, en 1949, le préfet relance une enquête départementale sur la prostitution. Seule la ville de Lorient recense cinq cafés désignés comme établissement « se livrant à la prostitution clandestine ». Aucun autre établissement n’est recensé dans le département, le commissaire de police de Pontivy précisant même dans son rapport qu’« aucun établissement suspect n’existe à Pontivy. Il n’y a pas de prostituées. Pontivy est une ville semi-bourgeoise, toute « fille » ne peut passer inaperçue ».

Sources consultées aux Archives départementales du Morbihan :

1307 W 3 et 4 : préfecture du Morbihan, direction de la règlementation et des libertés publiques, rapports des commissaires de police, 1925-1965.

1602 W 2 et 10 : commissariat de police de police de Lorient, dossiers individuels d’arrestation et d’enquête, 1941-1945.

24 H dépôt 3 : hôpital de Vannes, registres matricules de la population, 1915-1916.

9 H dépôt 3/145-146 : hôpital-hospice Bodélio de Lorient, registres matricules de la population, 1942-1943.

9 H dépôt 2/136 : hôpital-hospice Bodélio de Lorient, registres matricules de la population, 1929-1931.

Illustrations :

Sur la page d’accueil du site

Façade de l’ancienne maison close de la rue Fontaine à Pontivy, 1984. Archives municipales de Pontivy, Fonds Blat

Dans l’article

Porte de l’ancienne maison close de la rue Fontaine à Pontivy, 1984. Archives municipales de Pontivy, Fonds Blat

Fiche signalétique de Lina Smith, prostituée, pensionnaire de la maison de tolérance sise 23 rue Sully à Lorient, 16 juin 1941. Archives départementales du Morbihan, 1602 W 2

Interrogatoire de Lina Smith, prostituée, pensionnaire de la maison de tolérance sise 23 rue Sully à Lorient, 20 juin 1941. Archives départementales du Morbihan, 1602 W 2