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Hélène Jégado. Une cuisinière presque au-dessus de tout soupçon.

Le 26 février 1852, Hélène Jégado est guillotinée sur le champ de Mars, à Rennes. Reconnue coupable d'empoisonnements et de vols, son procès met fin à 18 années de crimes commis dans le Morbihan et en Ille-et-Vilaine.

Hélène Jégado naît à Plouhinec le 28 prairial an XI. Elle est la cadette d'une famille de cultivateurs aux revenus modestes. Orpheline de mère à l'âge de 7 ans, elle est alors confiée à ses tantes et placée comme domestique chez le curé de Bubry.

Hélène Jégado ne regagnera jamais la cellule familiale et sillonnera le Morbihan au gré de ses emplois successifs de cuisinière ou d'apprentie : Séglien, Guern, Bubry, Locminé, Auray, Pluneret, Pontivy, Hennebont, Lorient, Ploemeur... Près de 20 maisons bourgeoises ou de presbytères l'emploieront en l'espace de 18 ans. À chaque fois, elle est renvoyée ou bien c'est elle qui quitte précipitamment son employeur. Chose plus surprenante encore, le "malheur" semble poursuivre Hélène Jégado car partout où elle passe, les hôtes trépassent...

Tout commence en 1833. Hélène Jégado a 30 ans et est placée au service du curé de Guern, Le Drogo, où elle remplace sa soeur Anna, partie travailler au presbytère de Bubry. Très rapidement, le sort s'acharne sur les membres de la maisonnée : le père et la mère du curé, sa nièce de 7 ans, ses deux domestiques et le curé lui-même décèdent à tour de rôle. Anna Jégado, venue assister aux obsèques de son ancien patron, fait elle aussi partie des victimes. Seule survivante, Hélène veille les malades jusqu'à leur dernier souffle. Bien qu'une autopsie soit pratiquée sur le corps de l'abbé Le Drogo, aucun soupçon ne se porte sur la cuisinière, qui fait au contraire figure de miraculée. Un an après le choléra qui a marqué les populations, on associe maux d'estomac, vomissements et autres symptômes à un retour possible de l'épidémie.

En 1851, clap de fin. Hélène Jégado entre au service de M. Bidart de la Noë, avocat, professeur à la faculté de droit de Rennes et expert en affaires criminelles. Environ deux semaines après son arrivée, Rose Texier, la domestique, tombe malade. Elle décède quelques jours plus tard. Sa remplaçante Françoise Huriaux quitte rapidement la maison après l'apparition des premiers symptômes. L'autre servante, Rosalie Sarrazin sera sa dernière victime. La succession de drames a éveillé la suspicion du maître de maison et des médecins qui se sont succédé au chevet des malades. Les autopsies pratiquées sur les corps révèlent enfin un empoisonnement à l'arsenic. Hélène Jégado est arrêtée. Très vite, l'enquête dépasse le cadre rennais et un lien est établi entre les empoisonnements de Rennes et une série de morts violentes ayant eu lieu dans le Morbihan.

Son procès s’ouvre devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine le 6 décembre 1851. Elle est accusée de cinq empoisonnements, de cinq tentatives d’empoisonnement et de onze vols domestiques. Les crimes morbihannais sont prescrits et ne peuvent être jugés. Son avocat, Me Magloire Dorange, plaide la folie pour l’accusée souvent qualifiée de grossière, malpropre, ivrogne, voleuse… Le 14 décembre, elle est condamnée à mort.

Femme pieuse et dévote, elle confesse ses meurtres en prison devant l’abbé Tiercelin la veille de son exécution et accepte que ces aveux soient rendus publics après son décès. Le 26 février 1852, la foule est présente pour assister à son exécution. Son corps est ensuite autopsié, les experts lui cherchent « la bosse du crime », le Musée de Bretagne de Rennes conserve son masque mortuaire.

Le cas Hélène Jégado suscite encore de nombreuses interrogations. Quel fut exactement le nombre de ses victimes ? Il est estimé à 36, peut-être même plus. Pendant 18 ans, Hélène Jégado sème la mort sans distinction, tel l’Ankou : hommes, femmes, enfants, curés, domestiques… Mais pourquoi et comment a-t-elle pu agir aussi longtemps sans éveiller le moindre soupçon chez ses employeurs ?

De nombreux écrits et ouvrages lui sont consacrés. Dès 1900, P.M. Jafferedo publie une complainte en langue bretonne retraçant la vie d’Hélène Jégado qui fait figure de mythe. En 2013, Jean Teulé fait d’elle l’héroïne de son roman «  Fleur de Tonnerre », adapté par la suite au cinéma.

Les Archives départementales du Morbihan conservent l’acte de naissance d’Hélène Jégado (3 E 169/19), des notes d’interrogatoires (U 823) et la complainte en breton de P.M/ Jafferedo. La presse locale, qui a largement couvert son procès, est disponible en ligne. D’autres sources pourraient également être exploitées pour retracer la carrière criminelle en Morbihan d’Hélène Jégado, notamment en série U, M et sous-séries 1-3 Z.

Sources consultées :

-         3 E 169/19 : acte de naissance d’Hélène Jégado (28 prairial an XI) ;

-         U 823 : notes d’audiences [1851-1852] ;

-         KB 4270 : complainte en breton de P.M. Jafferedo "Guerzen buhé Hélène Jégaden", 1900 ;

-         Presse en ligne : L’Abeille de Lorient, Le Lorientais, La Concorde du Morbihan (articles publiés entre le 10 décembre 1851 et le 4 mars 1852) ;

-         IB 467 : HERVE, abbé, "Hélène Jégado, l’empoisonneuse", Echo de Quelven, bulletin paroissial de Guern, 1975-1977 ;

-         IB 676 : HENO, J., "Hélène Jégado (1803-1852)", le Pèlerin de Sainte-Anne, bulletin paroissial de Sainte-Anne-d’Auray, novembre-décembre 1994, janvier-décembre 1995, janvier-juin 1996 ;

-         IB 681 : "Hélène Jégado, l’empoisonneuse", Hadour, journal paroissial de Séglien, 1975.

Bibliographie :

-         HB 784 : BOUCHARDON, Pierre, "La Brinvilliers du XIXe siècle", Crimes d’autrefois, S.I. : Perrin et Cie, libraires éditeurs, 1926, pp. 205-231 ;

-         HB 5496 : BOUCHARDON, Pierre, Hélène Jégado, l’empoisonneuse bretonne, Paris : Albin Michel, 1937 ;

-         HB 7609 : MEAZEY, Peter, La Jégado, histoire de la célèbre empoisonneuse, éditions de la Plomée, 1999 ;

-         HB 12508 : COSSERON, Serge et LOUBIER, Jean-Marc, "Hélène Jégado : la cuisinière de Pontivy", Femmes criminelles de France, S.I. : de Borée, 2013, pp. 24-35 ;

-         KB 2651 : TREICH, Léon, "Les Trente crimes d’Hélène" Jégado, Historia, n° 245, avril 1967, pp. 80-84 ;

-         RB 500 : MADEC, Pierre, "Hélène Jégado à Auray", La Liberté du Morbihan, 2-7 février 1957 ;

-         IB 179 : MOREAU, Jean-Paul, Choléra, typhoïde, dysenterie des années 1830 en Morbihan, raisons des années d’impunité de la meurtrière en série Hélène Jégado : interrogations sur son procès ;

-         PER 124 : LE TALLEC, Corentine, "Hélène Jégado, empoisonneuse en série", Bretagne magazine, n° 53, mai-juin 2010, pp. 76-81.