Skip to Content

Belle-Île, station touristique

La mise en tourisme de Belle-île débute à partir des années 1850, avec la pratique des bains de mer, l’ouverture d’une liaison régulière par bateau à vapeur dès 1850 et la parution du Guide du voyageur aux bains de Belle Île en mer en 1853. Désormais, la mer et la côte ne sont plus redoutées mais vues comme attrayantes. Avec le développement des transports ferroviaires, maritimes puis automobiles, la pratique du tourisme balnéaire s’installe durablement dans les stations créées à l’époque et est renforcée par l’apparition des congés payés en 1936.
Plusieurs facteurs vont permettre à l’île de toucher un plus large public. Tout d’abord, l’arrivée de la ligne de chemin de fer à Auray en 1862 puis à Quiberon-Palais en 1882, qui va assurer les transports de masse dans le département et permettre aux touristes de découvrir les bienfaits de l’air marin. Vers 1890, la compagnie de navigation à vapeur « la Belle Iloise » établit une relation régulière avec Auray. À cette époque, débarquer à Belle-Île est une véritable expédition. Il faut douze heures de train entre Paris et Auray. Puis, direction Quiberon où l'on embarque à bord de chaloupes qui mettent parfois plusieurs heures à atteindre la côte belliloise.
Par la suite, la construction d’un avant-port à Palais en 1890 va permettre d’intensifier les liaisons maritimes de façon régulière, en les rendant indépendantes des marées.

Une vision romantique

Les voyageurs romantiques jouent un rôle fondateur dans la promotion des paysages côtiers de l’île. Les visites d’écrivains et de peintres qui se sont succédé, comme celles de Gustave Flaubert, de l’impressionniste Claude Monnet, ou de l’écrivaine Colette dans la seconde moitié du 19e siècle, façonnent la réputation de l’île. Tous donnent l’image d’une île grandiose où quelques rares touristes mènent une vie simple, faite de promenades, de bains et de sorties sur des bateaux.
L’appropriation de la pointe des Poulains par la célèbre tragédienne Sarah Bernhardt contribue également à la renommée du lieu et à la création d’un site emblématique. Lors de son premier séjour sur l’île en août 1894, elle tombe immédiatement sous son charme : «La première fois que je vis Belle-Île, je la vis comme un hâvre, un paradis, un refuge. J’y découvris à l’extrémité la plus venteuse un fort, un endroit spécialement inaccessible, spécialement inhabitable, spécialement inconfortable et qui par conséquent m’enchanta.» Le 11 novembre de la même année, elle achète le fortin des Poulains et les terrains alentour. Nombreux sont les touristes qui viennent sur l’île pour tenter de voir la tragédienne derrière les murs de sa demeure. Dès 1896 et jusqu’à la veille de sa mort en 1923, elle reste attachée à la pointe des Poulains, y établissant sa résidence de villégiature estivale.

Naissance d’une industrie du tourisme

Parallèlement, une industrie du tourisme naît et se développe pour accompagner les visiteurs en villégiature. En 1880, paraît le premier guide touristique de l’île. En 1899, le syndicat d’initiative de Vannes-Lorient et du Morbihan se crée. Il s’inspire d’initiatives locales visant à développer le tourisme comme celles menées dans le Dauphiné qui double en 10 ans la prospérité de son territoire. Les fondateurs croient beaucoup aux apports de la publicité qui diffuse les beautés de la région. Les actions débutent timidement. Un premier livret-guide est édité en 1904 à 3 000 exemplaires pour vanter « les beautés naturelles, historiques et préhistoriques du Morbihan. » Une 2e édition tirée à 5 000 exemplaires paraît en 1908. Trois ans plus tard, Belle-Île se dote d’un syndicat d’initiative, bientôt imitée par Carnac en 1913. Les autres lieux touristiques se dotent de syndicats après la première guerre mondiale.
Sur l’île, des circuits touristiques sont indiqués, l’hôtellerie se modernise. Ainsi, au début du 20e siècle, Belle-Île compte plusieurs hôtels, quelques résidences secondaires, des magasins de souvenirs et un service de location de voiture attelées qui permet de visiter l’île. La publicité faite par les guides touristiques et les affiches des compagnies de chemin de fer accompagne ce nouvel engouement. Dès 1899, Belle-Île-en-Mer accueille entre 200 et 300 visiteurs par jour durant la saison estivale. En 1910, le nombre de touristes ayant visité l’île dans l’année est estimée à 39 000. Ils sont plus de 50 000 aux débuts des années 1930.

L’obtention du statut de station touristique

La loi du 24 septembre 1919, votée dans l’objectif de favoriser le développement du tourisme en France, prévoit que les villes qui rempliront certaines conditions de confort et d’hygiène pourront obtenir d’être classées stations de tourisme. Elles seront ainsi autorisées à prélever une taxe sur les prestations fournies aux touristes, la taxe de séjour, qui leur permettra de financer de nouveaux aménagements. Les quatre communes de Belle-Île-en-Mer demandent à obtenir ce classement en 1921. Une étude est diligentée par le conseil supérieur de l'hygiène publique la même année pour évaluer notamment les équipements de l’île en matière d’adduction d’eau potable et d’évacuation des eaux usées. En effet, parmi les facteurs pris en compte pour le classement en station de tourisme, figurent la capacité d'accueil des communes, le taux de mortalité et surtout la fourniture d’alimentation en eau potable, les réseaux d'adduction, et les réseaux d'égouts et eaux usées. Il apparaît que Le Palais est desservi par huit fontaines publiques et de nombreux puits privés. Les communes de Sauzon, Locmaria et Bangor sont également par des puits approvisionnées en eau potable.
Pour le réseau d’eaux usées, tout reste à faire ; les communes de Palais et Sauzon ont envisagé « un programme d’égouts devant se déverser à la mer, au-delà de la laisse des plus basses marées et au large en dehors du port ». Par ailleurs, « les ordures ménagères et les matières fécales sont épandues sur les terres, loin des agglomérations et enfouies dans le sol. » Le rapport conclut cependant sur une note positive « les plages sont très nombreuses et réparties à quelques distances des agglomérations entre les rochers qui forment pour Belle-Île une parure unique au monde, qui attire chaque année des touristes en si grand nombre que l’on droit tripler le service des bateaux. »
À la requête du conseil supérieur d’hygiène publique de France, les élus de l’île prennent l’engagement d’affecter en priorité les revenus de la taxe de séjour à l’adduction d’eau potable et à la création d’égouts. Le projet est néanmoins refusé par le Conseil d’État, qui exige que les quatre communes soient groupées en syndicat. Au printemps 1926, le syndicat gérant les chemins ruraux et le réseau d’électrification de l’île étend ses compétences au domaine du tourisme. Satisfaisant les exigences du Conseil d’État, le décret érigeant le canton de Belle-Île-en-Mer en station de tourisme paraît le 3 septembre 1927 et fête donc cette année son 90e anniversaire. Par le même dispositif, Quiberon obtient le statut de station climatique en 1924 et Port-Louis celui de station de tourisme en 1925.

Des sources à exploiter

Les archives liées au tourisme avant 1940 sont conservées aux Archives départementales du Morbihan dans la sous-série 8 M. Le fonds apporte donc des informations sur les premières reconnaissances officielles de communes comme stations touristiques, d'où découle la création de chambres d'industrie touristiques et la perception de taxe de séjour par les communes classées. Ces dossiers contiennent, outre les demandes déposées par les conseils municipaux, les rapports du conseil supérieur de l'hygiène publique dont l'avis est déterminant. Ces enquêtes fournissent des renseignements sur la salubrité dans les premières décennies du 20e siècle.
Par ailleurs, les Archives du Morbihan possèdent une importante collection de photographies, cartes postales et d’affiches des compagnies de chemins de fer en lien avec les plus hauts lieux touristiques du département. Cet ensemble est conservé dans les sous-séries 9 Fi et 11 Fi. La bibliothèque des Archives possèdent également une riche collection d’ouvrages sur le sujet.

Sources consultées
8 M 134 - Syndicats d’initiatives, statuts et correspondance, 1899-1938
8 M 135. - Belle-Île-en-mer, demande d’érection en station de tourisme,
4 S 1603-1604. - Syndicat de Belle-Île, 1933-1939
HB 3063. - GALLENNE (André), Belle-Île-en-Mer, son histoire, son tourisme, 1974.
KB 4010. - Syndicat d’initiative de Belle-Isle-en-Mer, Guide de Belle-Isle-en-Mer. [postérieur à 1923.].
KB 2537. - DALIGAUT (Marguerite), Belle-Île-en-Mer, Châteaulin, 1965.
KB 1799. - ESSI de Quiberon, Guide historique, descriptif et pratique de Belle-Île-en-Mer,  [S.d.]
EB 710. - « Guide du voyageur aux bains de Belle-Ile-en-Mer, 1853 », Belle-Isle histoire, n°35, 2004, pp. 45-56.

Illustrations
Autocars en attente de voyageurs au port du Palais, carte postale [années 1930]. Archives départementales du Morbihan, 9 Fi 152/72 [page d’accueil].
Port de Sauzon, carte postale, [s.d]. Archives départementales du Morbihan, 9 Fi 241/9 [bannière du haut].
Première de couverture du guide touristique de Belle-Île élaboré par le syndicat d’initiative de Belle-Île, [postérieur à 1923]. Archives départementales du Morbihan, KB 4010.
Arrivée au quai de Palais d’un bateau d’excursionnistes, carte postale, [ca 1900]. Archives départementales du Morbihan, 9 Fi 152/61.
Propriété de la tragédienne Sarah Bernhardt à la pointe des Poulains, carte postale, [s.d.]. Archives départementales du Morbihan, 42 Fi 2.
Lettre d’Henri Rollet-Maine, touriste régulier de Belle-Île, au préfet du Morbihan relative à la perception de la taxe de séjour inégalement perçue selon lui, 5 septembre 1930. Archives départementales du Morbihan, 8 M 135.